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Seuil de la douleur

Seuil de la douleur

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L’ouvrage « Le seuil de la douleur » aurait peut-être pu être lu différemment si sa couverture n’avait pas été ornée d’une phrase d’introduction : « Un roman en cinq scènes et de nombreuses observations », ce qui signifie que l’auteur du « Palestinien » a choisi de présenter au lecteur un roman, qui est donc soumis à tous les critères de la lecture romanesque. Dès les premières pages, Youssef endosse le rôle de narrateur, racontant sa signature de la déclaration des 99, publiée en 2000 « afin d’éviter des situations catastrophiques qui pourraient survenir dans le pays tôt ou tard », devenant ainsi le seul Palestinien signataire d’une déclaration d’intellectuels syriens, prenant le récit comme point de départ pour parler de la dualité que le Palestinien syrien a commencé à ressentir depuis début 2011, affirmant ainsi sa syrianité et son droit de raconter ses observations au cours de cinq ans et demi de guerre. Par la suite, les scènes se succéderont, réparties sur des dates figurant au bas de chaque scène sans ordre chronologique, mais confinées à une période s’étendant de février 2014 à février 2016.

Si la formule du « je » est l’une des formules connues dans la narration romanesque, où l’écrivain incarne le personnage du narrateur des événements et devient le héros de l’œuvre, c’est la formule la plus appropriée pour l’écriture d’une autobiographie, à la différence que le romancier peut incarner un personnage de héros qui ne lui ressemble pas, faisant croire au lecteur qu’il est celui qui crée et raconte les événements, créant ainsi chez lui une confusion qui augmente le plaisir de la lecture en satisfaisant l’instinct de voyeurisme sur la vie personnelle de l’écrivain, tandis que l’écrivain autobiographe est loin de ce jeu littéraire, se contentant de dire au lecteur qu’il lui enregistre des faits survenus à titre de documentation. Entre ces deux théories, le narrateur de « Le seuil de la douleur » se perd, car si la couverture indique que ce que nous avons entre les mains est un roman, Youssef choisit d’enregistrer des journaux intimes, des observations et des préoccupations à la première personne, et loin de toute construction romanesque, ce qui laisse les portes du texte ouvertes à une confusion dans l’esprit du lecteur, que la lecture du dernier paragraphe et de la fin du livre ne réordonnera jamais.


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